Comité pour les Droits Humains en Amérique Latine

cdhal.org   >   Revue Caminando et autres publications   >   Amazonie équatorienne (...)  
Voir tous les articles par Édition
 

Amazonie équatorienne : Conflits socio-écologiques dus à l’exploitation des ressources naturelles en territoire autochtone

Face à l’inégalité du rapport de force entre les multinationales et les peuples autochtones, quels peuvent être leurs moyens de pression ?

Anaïs Huerta

Bien des choses ont dû changer depuis mon séjour en Équateur de 2001 à 2002 ; d’autres soulèvements sont survenus et la dollarisation appauvrie la classe moyenne et paupérise les exclus de toujours : les autochtones. Mais la mobilisation ne cesse de croître, spécialement en Amazonie.

Face à l’intensification de l’exploitation pétrolière dans les années 80 et 90, les conflits socio-écologiques se sont succédés dans la forêt tropicale équatorienne. Contamination, déforestation, militarisation des frontières avec le Pérou et la Colombie, déplacements de populations, recrudescence de maladies telles que le cancer : voici quelques-unes des conséquences de l’exploitation du pétrole dans cette région, ressource dont le pays, pris en tenaille par sa colossale dette extérieure, est fortement dépendant. Si au cours des dernières décennies des territoires autochtones ont été reconnus, le sous-sol reste la propriété de l’État et c’est là où le bas blesse. Les autochtones demandent non seulement à être consultés, comme le prescrit la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT), mais aussi de prendre part à de si juteux bénéfices.

Face au manque de volonté de l’État, plus qu’à son incapacité de réguler ces conflits, alors même qu’existe un cadre légal international (Convention 169) et national (la constitution de 1998 qui consacre des droits collectifs), la région est le théâtre d’une polarisation croissante entre les différents acteurs présents sur le terrain. En effet, les négociations sont prises en main soit par les pétroliers ou par des organisations non gouvernementales ou internationales qui ne peuvent pourtant prétendre à une quelconque légitimité démocratique.

Étant donné la diversité des nationalités autochtones présentes sur le territoire amazonien, leur mobilisation est divisée malgré la création d’organisations régionales, telles que la Confédération des nationalités autochtones de l’Amazonie équatorienne (CONFENIAE) ou la Coordination des organisations autochtones du bassin amazonien (COICA), qui regroupe les organisations autochtones des neuf pays de la région. Certaines organisations négocient, d‘autres s’opposent, quelquefois violemment, à l’entrée des pétroliers sur leur territoire. La dispersion des actions des autochtones est encouragée par les pétroliers, qui tentent de négocier seul à seul avec les communautés, alors qu’une position commune et encadrée par l’État pourrait déboucher sur une gestion de conflits cohérente et durable. C’est ce que demande le président de la CONFENIAE, Luis Vargas Canelos, qui s’indigne contre la tentative de corruption des dirigeants autochtones par les entreprises et par le gouvernement. Si l’État démissionne de ses responsabilités et renonce à régler les conflits, ceux-ci risquent de se multiplier et de devenir de plus en plus violents, comme dans la région de Lago Agrio, où le Plan Colombie vient accentuer le désordre ambiant.

Face à un rapport de force aussi démesuré, les moyens de pression vont de la manifestation pacifique à la prise d’otage de personnel des compagnies. Certaines actions se démarquent par leur inventivité, comme la stratégie menée par les Shuar et les Achuar, épaulés par la Fondation Overlook et l’organisation Amazon Watch, mobilisés contre l’entrée de Burlington Resources sur leur territoire . En 2004, ils se sont présentés à la réunion annuelle des actionnaires du groupe au Texas, lesquels méconnaissaient, en majorité, les conflits engendrés par leur compagnie sur le terrain. Une délégation d’actionnaires et d’analystes financiers s’est même rendue sur place. La même année, l’entreprise adoptait une clause de respect des droits des autochtones qui consacre leur droit à la consultation. A l’heure où Ottawa refuse de policer les firmes minières canadiennes au Chili , ce type d’initiatives donne des idées…

Pour en savoir plus… Organisations autochtones http://conaie.nativeweb.org http://www.confeniae.org.ec http://www.coica.org

Organisations de solidarité http://www.sarayacu.com http://www.nopetroleo.net http://www.accionecologica.org http://www.oilwatch.org.ec http://www.amazonwatch.org


Les 5 articles les plus récent de la rubrique
Les femmes Sarayacu d’Équateur : protagonistes de la résistance à l’exploitation pétrolière
Réforme agraire et urbanisme ?!
Les conséquences du Projet Marlin de Glamis Gold Ltd au Guatemala
Le nouveau visage de la ZLÉA : les pays andins piégés par les accords bilatéraux
Les cosmologies occidentales et amérindiennes : une réflexion sur leur lien avec l’autodétermination des peuples

Tous les articles de la rubrique ]

atención estamos trabajando para mejorar el mundo   |   Valid XHTML! Valid CSS! SPIP! Optimisé pour Firefox