Comité pour les Droits Humains en Amérique Latine

cdhal.org   >   Caravane solidaire   >   Caravane Solidaire II - mars ’07   >   Le lutte des Shuar (...)  

Le lutte des Shuar en Amazonie équatorienne

Le cas de Shuar en Équateur : Non aux minières, oui à la vie

paru dans notre revue Caminando de mars 2007

Dans le cadre de la Caravane solidaire 2007, le CCDHAL invite une déléguée de la Federación Interprovincial de centros Shuar (FICSH) afin de témoigner des luttes de son peuple face au conflit qui sévit présentement entre compagnies minières canadiennes et populations locales dans le sud-est de l’Équateur. Voici un bref aperçu de la situation.

L’ Équateur

Tout au long de l’époque coloniale et depuis son indépendance en 1830, l’Équateur a vu son économie dominée par les dictats de puissances étrangères, notamment par un modèle axé sur l’exportation de matières premières. Monocultures de bananes, café et cacao se succédèrent comme produits qui devaient apporter prospérité et « développement » au petit pays andin. Puis, ce fut le tour du pétrole dans les années 1970, avec les mêmes arguments. Les conséquences de cette exploitation furent désastreuses, tant au niveau environnemental, qu’au niveau social et les retombées positives plutôt limitées. Ce modèle de développement a renforcé la dépendance vis-à-vis de l’extérieur, avec des conséquences désastreuses pour les populations les plus marginalisées, soit les femmes, les communautés paysannes et les peuples autochtones.

Depuis le début des années 1990, c’est l’industrie minière qui est de plus en plus présente ; des concessions minières auraient été octroyées sur environ 20% du territoire national. Parallèlement, on voit apparaître de plus en plus de conflits entre populations locales et acteurs liés à l’industrie minière. Les régions affectées sont souvent militarisées et surgissent alors les nombreuses violations de droits humains. Ces populations résistent à l’implantation de tels projets et revendiquent plutôt une gestion collective et communautaire du territoire qui tienne compte de leur droit à l’autodétermination et de l’environnement, de leur mode de vie et de leur vision pour l’avenir de leurs communautés.

L’ Équateur est particulièrement bouleversée depuis quelques années, alors que les vibrants mouvements sociaux du pays (représentant notamment les populations paysannes et autochtones équatoriennes) descendent dans la rue pour manifester leurs insatisfactions face aux choix de leurs élus. Les sources des frustrations sociales sont en lien direct avec le thème de la Caravane solidaire 2007.

En effet, à maintes reprises les ÉquatorienNEs ont clamé haut et fort leur désaccord quant à la signature du Traité de libre-échange Etats-Unis/Équateur ainsi qu’au projet OCP permettant à un consortium (incluant principalement les compagnies canadienne Alberta Energy et américaine Occidental) de construire un oléoduc traversant l’Amazonie jusqu’à la côte ouest.

Les Shuar

Le peuple Shuar compose le groupe ethnique le plus nombreux de l’Amazonie équatorienne. Au fil du temps, ils ont reformulé les règles du jeu : ils sont assez nombreux et organisés pour avoir un poids important au niveau national. La FICSH (Fédération interprovinciale des Centres Shuar) est sans aucun doute un acteur collectif indigène puissant en Equateur. Elle tient sa place au sein de la CONFENIAE (Confederacion de Nacionalidades Indigenas de la Amazonia Ecuatoriana) qui est un pilier de la CONAIE (Confederacion de Nacionalidades Indigenas del Ecuador).

A travers ces deux confédérations, les Shuar sont en mesure de proposer des alternatives au mode de gestion des richesses amazoniennes, mais aussi au niveau de l’interrelation des cultures au sein de la nation équatorienne. Ils sont également très actifs au niveau de la gouvernance locale, avec la mise sur pied dans certains cantons de projets de démocratie participative.

Le conflit qui les oppose aux entreprises pétrolières, minières et à l’Etat sera un élément essentiel pour juger de leur l’influence sur la politique d’un pays en matière d’énergie.

La situation dans les provinces de Morona-Santiago et Zamora-Chinchipe : derniers développements

Ces deux provinces se situent au sud-est de l’équateur, dans une région frontalière avec le Pérou. L’exploration de la zone débute en 1994 et plusieurs gisements sont découverts. Les droits miniers associés à ces territoires changent de propriétaires quelquefois pour terminer entre les mains des compagnies canadiennes Corriente Resources et Aurelian Resources.

Suite à la phase d’exploration et de forage sur les milliers d’hectares de concessions minières, c’est maintenant une phase d’exploitation qui débute. Les impacts importants des mines à ciel ouvert et des résidus miniers mettent en péril non seulement l’environnement, mais la survie même du peuple Shuar. L’urgence de la situation est palpable, car, une fois ce processus d’exploitation entamé, il sera de plus en plus important et ses conséquences seront irréversibles.

Si l’enjeu est de taille, c’est aussi que le gisement de cuivre découvert dans la cordillère du Condor est comparable aux plus importants gisements au monde et couvre une superficie importante des deux provinces du sud-est de l’Équateur. De plus, la construction d’une centrale hydroélectrique près de la communauté de Jimbitono a débuté afin d’alimenter le projet en électricité, entraînant également son lot de conséquences.

À l’initiative de la FICSH, les mouvements autochtones et paysans de la région et des ONG équatoriennes se sont mobilisés pour former le Comité interprovincial pour la défense de la Vie afin d’étudier la question, se concerter, élaborer des positions communes et proposer des alternatives. Ainsi, ils ont organisé plusieurs colloques, rencontres et événements tels qu’un « Forum international sur le vrai visage de l’industrie minière » en octobre 2006 ou la « Rencontre des peuples pour la vie » plus récemment en janvier 2007.

Leur position est claire : « L’exploitation minière à grande échelle est une imposition impérialiste qui ne répond pas à nos besoins comme nation, de plus, elle approfondira notre dépendance, notre soumission. Voilà le problème de fond que nous nous devons de comprendre. Non à l’exploitation minière à ciel ouvert en Équateur ! ».

Les habitants de ces régions proposent également des alternatives à l’activité minière. Elles mettent de l’avant d’autres modèles plus solidaires et équitables (diversification des cultures, autosuffisance, café biologique, écotourisme, etc…) qui tiennent compte de leur héritage collectif que sont la terre, la forêt, l’eau, la biodiversité et le paysage.

De plus, suite aux pressions de la population, un décret présidentiel fut émis le 12 novembre dernier ordonnant la suspension de toute activité minière dans la région. Cependant, Ecuacorriente S.A. filiale de la compagnie canadienne Corriente Resources inc. n’a pas cessé ses activités. En guise de protestations, les populations locales ont utilisé différents moyens de résistance pacifique. Selon la Comission oécuménique des droits humains de l’Équateur, en décembre 2006, une série de violation de droits humains a eu lieu, incluant détentions illégales, agressions physiques, tortures, agressions sexuelles, restrictions de l’activité journalistique et intimidations .

Compte tenu du fait que ces populations ne trouvent pas écho à leurs revendications au niveau de leur gouvernement, souvent coopté par les transnationales, elles se tournent vers l’étranger afin de trouver des appuis internationaux à leurs demandes et se protéger des violations de droits humains dont elles sont victimes.

C’est dans ce contexte que nous invitons Mme Rosa Taish. Elle est engagée dans le développement économique local de sa communauté au sein de la FICSH et poursuit ses études universitaires en développement local durable.

L’appui international est primordial pour ces communautés et a encore plus de poids s’il est canadien. Nous pouvons ainsi servir de porte-voix pour ces populations sans-voix, marginalisées économiquement, politiquement et géographiquement. À ce jour, la population Shuar a très peu d’appui à l’international pour faire connaître leur situation.

***

La Caravane solidaire parcourra plus d’une dizaine de villes au Québec du 15 au 31 mars 2007.

Nous vous invitons à suivre de près le cas à travers la SolidaRed et à collaborer à nos campagnes de lettres de pressions qui seront envoyées aux autorités équatoriennes et canadiennes, lorsque surviendront des situations d’urgence.


Les 5 articles les plus récent de la rubrique
Programmation
Colloque
La campagne "Argent du Nord, Terres du Sud" (2005-2006) en résumé

Tous les articles de la rubrique ]

atención estamos trabajando para mejorar el mundo   |   Valid XHTML! Valid CSS! SPIP! Optimisé pour Firefox