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Les conséquences du Projet Marlin de Glamis Gold Ltd au Guatemala

Marc-André Anzueto, Projet accompagnement Québec-Guatemala

Le projet aurifère Marlin, initiative de la minière canado-américaine Glamis Gold Ltd au Guatémala, se retrouve au milieu d’une controverse reliée à l’atteinte des droits humains des communautés locales, et tache une fois de plus la réputation de moins en moins impeccable du Canada.

Le gouvernement canadien a longtemps voulu projeter une image positive du Canada comme étant une figure de proue dans la promotion des droits humains au sein des Amériques. Depuis quelques années, plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) s’inquiètent du fait que le Canada n’ait pas encore adopté des lois pour garantir que les activités minières des entreprises canadiennes dans les pays en voie de développement respectent les normes sur les droits de la personne, notamment sur les droits des travailleurs et des populations autochtones. Au Guatemala, les effets de la globalisation et de l’avènement des transnationales amènent, comme partout ailleurs, son lot de coûts et de bénéfices. L’octroi de licences d’exploitation aux compagnies minières canadiennes ramène chez les populations locales le spectre du massacre de Panzós . Après le triste bilan laissé par la International Nickel Company (INCO), le Projet Marlin de Glamis Gold Ltd ouvre un nouveau chapitre dans la politique de développement minier du Guatemala qui suscite la controverse. Avec des précédents en termes de violations de droits humains sous le règne de INCO, les mines sont devenues à nouveau la préoccupation majeure des autochtones du Guatemala.

Le Projet Marlin de Glamis Gold Ltd Glamis Gold Ltd se présente officiellement comme étant l’un des premiers intermédiaires dans la production d’or à faible coût, opérant dans de nombreux projets de développement favorisant la croissance dans les Amériques. L’entreprise prévoit extraire 250 000 onces d’or et 3,6 millions d’onces d’argent par année pendant dix ans grâce à l’exploitation d’une mine à ciel ouvert et de galeries souterraines, situées dans le département de San Marcos, à 300 km de la capitale, au nord-ouest du Guatemala. La société canado-américaine Glamis Gold Ltd n’opère pas au Canada. Son bureau central est à Reno au Nevada, mais elle est inscrite comme société canadienne à Vancouver et bénéficie donc des législations favorables aux intérêts de cette industrie.

Les apports du Projet Marlin Les investisseurs canadiens ont élaboré une campagne féroce, insistant sur le fait que le Projet Marlin peut amener des bénéfices à la population guatémaltèque. Ceux qui défendent l’implantation du projet soutiennent que les avantages offerts par l’activité minière ne devraient pas être rejetés. Trois ingénieurs miniers de l’Université San Carlos au Guatemala affirment que la population de la région de San Marcos, déjà touchée à 95 % par la pauvreté, pourrait bénéficier d’opportunités d’emplois, du développement d’infrastructures, de construction d’habitations, d’autoroutes, de ponts, d’électricité et d’une amélioration dans les soins de santé et de l’éducation. De plus, les trois ingénieurs affirment que les différentes sphères du gouvernement pourraient bénéficier d’une augmentation de leurs revenus grâce aux impôts des entreprises minières. Ils concluent en disant qu’il n’y a aucun risque pour l’environnement, car, à la fin de l’excavation du gisement, les entreprises remettent à neuf les lieux de travail pour ne pas endommager l’écosystème.

Opposition tenace Malgré les discours officiels, l’industrie minière canadienne apporte des bouleversements dans les régions affectées et ses opposants sont multiples. Les voix se font entendre autant par des associations paysannes et autochtones, des groupes écologistes, des organisations non gouvernementales, que par des syndicats et l’Église Catholique. Le Projet Marlin attire l’attention des opposants au projet, car il fait appel à un procédé utilisant le cyanure qui représente de hauts risques de contamination pour les ressources naturelles et la santé des habitants. En effet, dans le processus, le cyanure est utilisé pour extraire l’or du minerai, ce qui libère des toxines dans les cours d’eau. Selon Javier de León, un autochtone Mam vivant dans les environs de San Miguel Ixtahuacán dans le département de San Marcos, plus de 15 000 familles seront affectées par la pollution des travaux de construction de la mine, qui contamineront la rivière Cuilco.

De plus, selon l’environnementaliste et caricaturiste Jesús Chacón (qui perdit son emploi après avoir fait une caricature du thème), il est fallacieux de croire au développement économique de la région grâce aux mines, car « il pourrait y avoir près de 1 000 emplois dans la première année, mais, au fur et à mesure que l’extraction avancera, le nombre baissera pour atteindre près de 200 emplois à long terme, incluant les employés spécialisés dans la machinerie lourde ».

Selon une étude de cas du Groupe d’orientation politique pour les Amériques (GOPA) du Conseil canadien pour la coopération internationale, le projet ne créera que 160 emplois locaux à long terme et payera seulement 1 % des profits au gouvernement guatémaltèque et aux administrations municipales. La mine utilisera aussi une quantité importante d’eau, au moins 450 000 litres d’eau par heure d’exploitation, mettant ainsi en péril les moyens de subsistance des familles de paysans.

Développement durable ? En juin 2004, la Société financière internationale (SFI), membre de la Banque mondiale, provoqua beaucoup de scepticisme en accordant un prêt de 45 millions à Glamis Gold Ltd pour ses opérations au Guatemala. À la fin de 2004, le président Berger avait octroyé près de 413 licences d’exploration et d’exploitation minières à des entreprises étrangères. Les protestations se firent entendre. Pour l’évêque de San Marcos, Alvaro Ramazzini, l’un des plus grands opposants au dossier des mines, il est inconcevable que la Banque mondiale ait accordé pareille somme à une multinationale prospère plutôt que de le verser à des projets qui pourraient bénéficier directement les gens de la région.

Légalité du processus de consultation ? Selon l’étude de cas du GOPA, Glamis Gold Ltd s’est vu accorder une concession minière par le gouvernement guatémaltèque sans processus de consultation adéquat, en violation de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT). Un aspect important des Accords de paix de 1996 fut la décision du Guatemala de signer la Convention 169, qui reconnaît aux peuples autochtones le droit de bénéficier de consultations appropriées et de déterminer leur propre développement. Entre mai et juillet 2005, il y a eu trois processus de consultations et, chaque fois, les résultats ont démontré l’opposition face au projet minier. Le 19 juin dernier, dans le village de Sinpacapa, San Marcos, 99 % des habitants ont voté « non » à la présence minière. Sur 53 communautés de Comitancillo, San Marcos, qui ont donné leur avis face au projet, 51 ont exprimé leur refus à toute activité minière et deux se sont abstenues. Plusieurs communautés autochtones de Huehuetenango on formé un front commun contre l’industrie minière . Glamis Gold Ltd a entrepris des recours légaux pour compromettre la validité des résultats en alléguant des défaillances quant à la manière de réaliser ces consultations.

Selon le rapport publié le 8 septembre 2005 par le bureau du conseiller-médiateur (CAO) pour l’application des directives de la SFI, la documentation remise aux dirigeants des communautés autochtones concernant le Projet Marlin « ne présentait pas d’informations suffisantes qui permettait un débat public informé » . Ce rapport mentionne aussi que la SFI et Glamis Gold Ltd n’ont pas révélé adéquatement les impacts futurs du projet minier ni les autres informations requises pour le consentement libre, prévu et informé de la part des communautés autochtones. Comme suite au rapport du CAO, Glamis Gold Ltd admet, dans un communiqué de presse, qu’il y a eu des failles dans le processus de consultation.

Droits humains ? La controverse autour du Projet Marlin a généré un climat d’hostilité, de menaces et de violence au sein de la société civile. La situation a commencé à s’envenimer en décembre 2004, lorsqu’un transporteur de machinerie lourde de la société Glamis Gold Ltd a été bloqué pacifiquement sur l’autoroute panaméricaine pendant 40 jours par les paysans des communautés locales s’opposant au projet. Le 11 janvier 2005, 1 300 policiers et militaires forcèrent la réouverture de l’autoroute dans la violence, résultant dans la mort d’un paysan. De plus, une vingtaine de manifestants ont été blessés par balle lors de la confrontation. Un complot pour assassiner l’évêque Ramazzini fut découvert et plusieurs dirigeants autochtones, environnementalistes et autres opposants aux mines reçurent des menaces de mort.

Perspectives Le Projet Marlin est devenu le champ de bataille où les communautés sont prises en otage. Au Canada, le 22 octobre 2005, un appel de membres du Parlement canadien pour renforcer les lois sur le comportement des compagnies minières canadiennes à l’étranger a été tourné du revers de la main par le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew. En effet, le Canada préfère s’en tenir au principe d’adhésion volontaire aux lignes directrices de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il faut souligner que plus de 60 % des compagnies minières à travers le monde sont cotées à la bourse canadienne, ce qui génère d’énorme capitaux et devises étrangères pour le pays . En reprenant l’idée de Catherine Coumans de l’organisation Mining Watch Canada, si la Belgique avec son sombre passé colonial a pu renforcir le code de conduite de ses entreprises, tout dépend finalement de la volonté de nos dirigeants de répondre à l’épineuse question : qu’est-ce qui prévaut avant tout, le respect des droits humains ou l’engendrement de capitaux ?

Le Projet accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) offre un appui solidaire à la population guatémaltèque dans sa lutte pour la paix, la dignité et la justice. En plus d’offrir une présence internationale au Guatemala, le PAQG réalise un travail d’éducation, de sensibilisation et d’information au Québec sur la situation des droits humains au Guatemala.

Si vous désirez devenir accompagnateur international au Guatemala ou participer à nos activités, contactez-nous : (514) 495-3131, paqg@paqg.org, www.paqg.org


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