Comité pour les Droits Humains en Amérique Latine

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Souveraineté et autonomie

Résistance autochtone à l’exploitation des ressources naturelles dans (l’État colon) Canada : pièce nécessaire de la lutte pour l’autodétermination.

Nid de pouleT

Dans un univers féerique où l’entraide régirait les relations internationales, le Canada ferait figure de bienfaisante : une championne des droits humains, multiethnique, tolérante. C’est la réalité que les « I love Canada » et « plus meilleurs pays du monde » tentent de faire avaler à la population de la planète, qui inclut aussi la population canadienne. Sauf que les déportations, les sélections d’immigrant-es systématisées et l’interventionnisme impérialiste en Haïti (trois beaux exemples), de même que le bafouage des réalités autochtones- l’ONU a sommé le Canada de modifier la situation afin de régler ses litiges avec les « natifs » -existent et pullulent même au Canada. Dans ce contexte, le petit bonbon rouge strié de blanc s’avère plutôt amer pour les critiques du système en place comme pour ses victimes. Dernièrement, plusieurs nations autochtones, existant à l’intérieur des frontières canadiennes comme des bulles, ont intensifié leur processus de résistance aux projets de développement économique. Ces projets représentent, en fait, un génocide en douceur, à travers le déplacement et la dissolution des communautés suivant la perte des territoires qui soutenaient un rythme de vie millénaire. Cette montée aux barricades est l’ultime mouvement pour retrouver une identité et conserver les vestiges de cultures millénaires.

Deh’cho : le Nord pétrolifère Un exemple de cette résistance est celui de la nation Deh’cho, établie près de Fort Simpson dans les Territoires du Nord-Ouest. Conoco Philips, Exxon Mobil et Imperial Oil ont trouvé d’immenses réserves de gaz naturel dans l’Océan arctique. Ce précieux liquide serait acheminé par oléoduc (plus de 1280 km de tuyaux) jusqu’à des mines de sable en Alberta, d’où serait extrait le pétrole. L’extraction du pétrole nécessite un haut niveau de chaleur et le gaz naturel est un combustible idéal. Pourtant, il peut sembler étrange, voire incompréhensible, de brûler du gaz pour recueillir du pétrole, d’une perspective écologique ou simplement rationnelle, surtout quand on ne cesse de parler de crise énergétique. De plus, l’oléoduc passerait en plein cœur du territoire des Deh’cho, situé dans la vallée du fleuve Mackenzie. Les Deh’cho ne sont toujours pas parvenus à une entente avec le gouvernement canadien sur leurs droits territoriaux. La nation désire la reconnaissance de leur autonomie territoriale sur une étendue de 210 000 km2 (incluant les droits sur le sous-sol) ainsi que leur propre gouvernement, cour de justice et système de police, gages de protection du territoire et de la culture. Malgré l’argent proposé, les autochtones refusent de céder, conscient-es que partout ailleurs au pays les booms miniers et forestiers ont laissé des héritage de chômage, d’alcoolisme, de toxicomanie et autres problèmes socio-économiques, sans aucun leg durable pour les résident-es. Cette prise de conscience ne se présente pas qu’au Nord : plusieurs autres nations réclament également leur juste dû pour survivre.

Beaucoup de conflits en Colombie-Britannique Les investissements de $300 millions dans le projet du Mackenzie représentent une somme considérable, mais la compétition est féroce en ce moment pour les mégaprojets touristiques en Colombie-Britannique. Un des exemples les plus criants de cette course au développement d’écotourisme est le complexe Sun Peaks, situé près de Kamloops et propriété de Nippon Cable, dont le dernier projet d’agrandissement se chiffre à $70 millions.

Secwepemc Cet épanchement commercial est en développement sur Skwelkwek’welt (aussi nommé Tod Mountain), un territoire de la nation Secwepemc utilisé pour l’alimentation (notamment en fruits) et les rituels sacrés. Les communautés ont établi un centre de protection du territoire afin de surveiller les activités illégales qui y ont lieu et distribuer de l’information. Au cours des quatre dernières années, le gens de Sun Peaks ont détruit à cinq reprises ce centre et forcé l’arrestation de 54 membres de la nation Secwepemc, en plus de causer la destruction de sweat logdes sacrées, maisons longues et postes de chasse. Il s’agit d’une utilisation importante des forces répressives et judiciaires sur un territoire qui n’appartient légalement ni à ce consortium ni à la Couronne britannique, mais à une nation autochtone qui y vit depuis des temps immémoriaux.

Cette portion de terre, comme la majeure partie de la superficie de la Colombie-Britannique, n’a jamais fait l’objet d’un traité ou d’une cessation de droits de quelque forme que ce soit de la part des autochtones. Le Canada a reçu de nombreux blâmes de la part de l’ONU en regard de la situation des droits autochtones « d’un océan à l’autre ». Diverses réclamations pour violation de droits et de territoire sont en cours à l’ONU. Le Groupe de travail sur les populations autochtones étudie présentement le cas des nations Nuxalk, St’at’imc (aussi opposées à l’expansion d’un centre de ski) et Pilalt (qui veulent protéger leur droit de pêche et leurs montagnes sacrées), en plus des Secwepemc.

Tahltan La nation tahltan, située à 1000 km au nord-ouest de Vancouver, présente également un exemple de conflit non résolu. Ce peuple s’oppose à divers projets miniers, pétroliers et hydroélectriques sur ses terres. En novembre 2004, le conseil de bande de Telegraph Creek, une des deux villes tahltan ayant un conseil élu, a signé un accord controversé avec le gouvernement accordant au conseil plus de $250 000 en échange de la facilitation de certains projets de développement économique : un plan pétrolier de Shell Canada (le mont Klappan), une mine d’or et de cuivre (à Galore Creek par NovaGold Ressources), une mine d’or et d’argent (à Red Chris par BcMetals), une mine de charbon à ciel ouvert (aussi au mont Kalppan, par Fortune Minerals – projet qui a été bloqué par de nombreuses barricades), ainsi que le barrage électrique de Forest Ken par Coast Mountain Power. Tout cela s’est concrétisé sans le consentement de la population, malgré le fait que les modes de décision traditionnels (souvent bafoués par Ottawa et ses provinces) doivent s’effectuer par consensus général. « Notre terre est notre garde-manger », a dit James Dennis, un Ancien, à des représentants de Shell « et lorsque vous apportez votre poison sur notre territoire, vous empoisonnez notre nourriture. »

Haida Ce ne sont pas les seules revendications autochtones à l’intérieur des frontières de la Colombie-Britannique. En effet, les Haida de l’île Charlotte affrontent la forestière Weyerhauser à propos des droits de coupe sur leur terre. Avec l’aide des résident-es non natifs/natives, les Haida ont élevé des barricades terrestres et marines au début de 2005 pour empêcher la circulation des billots usurpés sur l’île. Weyerhauser tentait alors de vendre sa licence de coupe à Brascan « tout en emportant avec eux le plus grand nombre d’arbres possible sur le chemin de la sortie », d’après les propos de Guujaaw, chef du Conseil des Haida. Les résident-es de l’île accusent aussi Weyerhauser de ne pas avoir respecté les demandes exprimées par la population, soit la réduction de la coupe, la protection de certains thuyas (cèdres) utilisés pour la fabrication de canoës et de poutres de totems, ainsi que l’embauche prioritaire de gens de l’île pour les emplois créés. L’union d’autochtones et de résident-es canadien-nes n’a pas fait broncher la compagnie, qui reste en retrait de cette bataille entre le gouvernement provincial et la nation Haida.

Les Tsawateineuk ont aussi érigé des barricades pour bloquer une forestière. Les Tsay Keh Dena, les Wet’su’we’ten et les Heiltsuk sont également en résistance. Pourtant, ce ne sont que quelques-uns des 34 cas en cours contre le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Les nations cri crient : « Dehors ! » Divers nations cri se lèvent de partout pour affirmer leur souveraineté territoriale face aux intérêts des grandes entreprises. Près de Peace River, en Alberta, vit une communauté d’environ 500 personnes dont le territoire s’est un jour avéré être une importante source d’huile lourde et d’autres combustibles fossiles. Comme suite à cette découverte, les entreprises ont pu rapidement acheter des droits d’exploitation sur ces terres traditionnelles non cédées. Les gouvernements fédéral et provincial ont tenté de diverses manières de faire disparaître l’opposition autochtone, allant de la répression par la GRC à la disparition de rapports d’étude, afin de permettre la construction de plus de 512 puits. Le Comité sur les droits de l’homme de l’ONU a émis le 1er novembre un communiqué blâmant le Canada sur sa conduite dans les négociations avec la nation Lubicon. Le rapport affirme que la situation est dans une impasse, reprochant au Canada de ne pas fournir d’efforts suffisants pour arriver à une entente. Pendant ce temps, la foresterie et l’extraction de combustibles fossiles à grande échelle continuent sur le territoire. De plus, en 1990, le Comité avait accusé le Canada de violer les droits territoriaux des Lubicon.

Au Manitoba, la communauté Ojibway de Asatiwisipe Aki fait face à des projets de développement forestier et hydroélectrique sur leur terre. Les Ancien-nes se battent pour leur territoire, sans lequel leur peuple et sa culture sont voués à disparaître. En Ontario et au Québec s’élèvent aussi des voix cri qui refusent le contrôle industriel de leurs ressources naturelles, que ce soit les forestières ou Hydro-Québec qui inondent les terres pour construire d’autres barrages.

Dans le nord-ouest de l’Ontario, la nation Anishinabe de Grassy Narrows affronte aussi la géante Weyerhauser (propriétaire d’un moulin à Kenora) et Abitibi-Consolidated (qui détient des droits de coupe et plusieurs moulins) dans une bataille pour le contrôle des ressources territoriales. Les Anishinabe ont érigé les barricades pendant une période record au Canada, montées le 3 décembre 2002 par des membres de la communauté inspiré-es par les jeunes. Les jeunes avaient précédemment fait plusieurs démarches auprès du ministère des Ressources naturelles de l’Ontario afin de faire entendre leurs droits à propos des coupes à blanc ayant lieu sur les terres de la communauté, dont près de 50 % du territoire traditionnel a été rasé et plusieurs centaines d’arbres laissés à pourrir La reforestation est faite avec des herbicides chimiques et en monoculture d’essences papetières, détruisant l’écosystème et le style de vie des Anishinabe depuis les années 50. De plus, la contamination dans les années ‘70 du territoire par le mercure inquiète les gens, qui voient leurs aînés dépérir à cause du déversement du métal toxique des moulins de Kenora dans la rivière qui passe sur leur terre. Le succès des barricades laisse de l’espoir à plusieurs groupes autochtones qui osent aujourd’hui considérer la possibilité de réclamer ce qui leur est dû.

Oka : histoire ancienne ? Au Québec, la situation bien connue de Kanehsatake, près de Oka, est un exemple de refus de la colonisation canadienne. La lutte pour l’autodétermination y continue, malgré l’image projetée dans les médias d’un conflit entre criminels et forces de l’ordre, malgré un procès pour « séquestration » (lors des événements de janvier 2004) et, surtout, malgré la loi S-24. Cette loi a été négociée secrètement entre James Gabriel (ex-Grand chef de Kanehsatake) et les gouvernements fédéral et provincial, puis ratifiée par un référendum avec d’énormes lacunes en information pour la population. La loi transfère les territoires acquis en 1990, à la suite de la « crise d’Oka », à une compagnie privée, Kanehsatake Orihwáshon, propriété de Mohawks. Bien que les élus présentent ceci comme une avancée pour la souveraineté Mohawk, la loi transforme en fait ces terres en propriété foncière, les cédant de facto à la Couronne (via le gouvernement fédéral) et les rendant éligibles à la vente, faisant ainsi perdre à tous les autochtones y vivant leur titre d’Indien rattaché à la terre. Également, il est convenu que les règlements régissant ces territoires soient harmonisés avec ceux de Oka. Autonomie ? Il s’agit plutôt de la municipalisation de territoires autochtones, nouvelle stratégie coloniale canadienne. Suivant l’échec des plans militaires,- en 1994, une invasion des territoires mohawk par 6000 soldats était prévue par le gouvernement fédéral pour mettre fin au crime des Amérindiens : le commerce sans taxe -les autorités canadiennes doivent trouver une autre manière de mettre la main sur ces terres riches en ressources naturelles et défendues par leur habitant-es, ayant des droits datant de traités avec la Couronne britannique. Le Canada tente donc d’offrir de l’aide financière (comme dans le cas de l’eau de Kashechewan sur les rives ouest de la Baie James) contre la municipalisation du territoire, ce qui ouvrirait la porte à tout type de développement.

Partout au Canada, les autochtones se mobilisent de plus en plus contre des projets de développement qui ne prennent pas en compte leurs besoins, leur culture et leurs droits sur leur territoire. (Ce Paragraphe non pertinent par rapport au reste du texte)

Finalement, il est important de prendre conscience du processus colonial toujours en cours au Canada. L’image que projettent les médias des autochtones, comme étant des peuples criminels,paresseux et dépendants du gouvernement pour vivre, maintient les Canadien-nes dans l’ignorance et l’indifférence, voire l’intolérance. En effet, plusieurs citoyen-nes ne veulent plus « payer pour faire vivre ces gens, qui en fait font tout pour se faire vivre ». Pourtant, en mettant de côté les déplacements forcés, la perte du mode de vie traditionnel et les problèmes de consommation, les dépenses du gouvernement canadien envers les autochtones s’élèvent à $12 milliards, soit un maigre $12 000 par Indien-nes (autochtone ou amérindien serait peut-être mieux)Ce montant est le même que celui dépensé pour les résidant-es canadien-nes. De plus, 12 000 $ représente beaucoup moins que ce que les traités (tel le traité 6 de 1876 entre les Cries et la Couronne prévoyaient comme revenu garanti pour chaque autochtone en échange des terres. Il est impossible de critiquer des gens à qui on a volé terres, culture et mode de vie, et à qui on a défait des promesses. Il faudrait tout d’abord que le Canada regarde sa propre histoire en face et change de route, enfin.


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