Comité pour les Droits Humains en Amérique Latine

cdhal.org   >   Droits humains en Amérique latine   >   Dossiers thématiques   >   Travailleurs migrants   >   Une arme à double tranchan  

Une arme à double tranchant

Nathaëlle Morissette

La Presse Cuijingo, Mexique

La beauté du paysage est saisissante. Au loin, se dresse le gigantesque volcan Popocatépetl, entouré de montagnes. Tout au bas se niche le petit village de Cuijingo, avec ses petites maisons et ses rues en pierre.

Voilà la première image que présente le documentaire réalisé par Aaraon Diaz Mendiburo, Migrantes : los que venimos de adentro, portant sur les habitants de Cuijingo qui vont travailler chaque année au Canada. Mais l’impression de bonheur et de sérénité qui émane de ce paysage bucolique ne dure que quelques secondes.

À travers différentes entrevues réalisées auprès des habitants de ce village situé à proximité de Mexico, Aaraon Diaz Mendiburo a voulu démontrer que cette migration massive provoque sur cette communauté des conséquences graves sur les plans psychologique, physique et économique.

« C’est une bonne chose que d’aller travailler au Canada, raconte Pancho, l’un des hommes interrogés dans le documentaire, mais tu dois être bien préparé car c’est difficile émotionnellement. »

Ainsi, il admet que beaucoup de travailleurs mexicains ne veulent plus rentrer au bercail après avoir travaillé à l’étranger. « Ils s’habituent à avoir de l’argent dans leurs poches, souligne-t-il. Ils ont l’impression d’avoir une certaine liberté. Ils se disent qu’il n’y a personne pour leur dire quoi faire : pas de femme, pas d’enfants. »

« Et parmi ceux qui reviennent, plusieurs font des dépressions et ont des crises d’identité, ajoute le réalisateur Aaraon Diaz Mendiburo. Lorsque tu pars huit mois par année, comment peux-tu entretenir une relation saine avec ta famille ? Avec le temps, la relation avec la famille change. La femme prend presque tout en charge. »

Dépendance dorée

Pour ajouter à la difficulté, certains travailleurs rentrent au village avec des problèmes de santé graves. C’est le cas de Ricardo, autre personnage du film. Un mois après son arrivée sur une ferme ontarienne, l’homme a chuté du tracteur sur lequel il tentait de monter. Résultat : il est tombé dans un coma profond et a perdu l’usage de ses bras et de ses jambes. Ricardo se promène maintenant dans un fauteuil roulant et peut difficilement communiquer.

Lorsqu’ils tombent malades au Canada, les travailleurs peuvent recevoir des soins médicaux. Le problème se corse à leur retour au Mexique. Selon M. Diaz Mendiburo, près de 75% des habitants de Cuijingo n’ont pas d’assurance pour couvrir les services de santé. Plusieurs d’entre eux, ne peuvent donc pas poursuivre leur traitement quand ils rentrent au pays.

Ainsi, Aaraon Diaz Mendiburo estime que le Programme des travailleurs saisonniers est en quelque sorte une arme à deux tranchants. Selon lui, avec le temps, la population devient peu à peu dépendante de cette migration pour vivre. Plusieurs jeunes décident même d’arrêter d’étudier. « Ils caressent tous le rêve d’aller travailler là-bas pour gagner des dollars canadiens. Et pendant ce temps, poursuit-il, il n’y a personne pour cultiver les terres mexicaines. »


Les 5 articles les plus récent de la rubrique
02-10-2008 : Appel à dénoncer les actions de l’Agence des Services Frontaliers contre les femmes migrantes
4 octobre 2008 : Lancement de l’Alliance internationale des migrants - section Canada
NEW YORK : MAYOR CALLS FOR AD CAMPAIGN AIMED AT MIGRANTS
Rencontre avec Marcia Riberiro ex-coordonnatrice du CATA (((Audio)))
Ottawa looks to Mexico to ease labour crunch (((Anglais)))

Tous les articles de la rubrique ]

atención estamos trabajando para mejorar el mundo   |   Valid XHTML! Valid CSS! SPIP! Optimisé pour Firefox